Badreddine Aloui : Le poignant témoignage d’une jeune médecin

Badreddine Aloui : Le poignant témoignage d’une jeune médecin

Badreddine Aloui : Le poignant témoignage d’une jeune médecin
Badreddine Aloui, un jeune médecin résident, travaillant à l’hôpital régional de Jendouba est décédé hier, jeudi 3 décembre, après une chute de plus de 10 mètres dans l’un des ascenseurs de l’établissement hospitalier qui était en panne. Sa mort tragique a ému la Tunisie et secoué les institutions.

Une jeune médecin en réanimation anesthésie, Nadia Dhraief a exprimé sur sa page Facebook personnelle, sa tristesse et son soutien à travers un texte poignant.

Elle dénonce, avec beaucoup de colère et d’amertume les conditions difficiles auxquelles font face les médecins et le corps médical, le manque de matériel ou le matériel défectueux et contaminé, les locaux insalubres et délabrés, mais surtout le manque d’intérêt porté par le gouvernement.

« Bader n'est pas mort, Bader à été assassiné

Je compte plus le nombre de fois ou l'ascenseur était en panne à Charles Nicolle, à Mongi Slim et j'en passe, alors que je devais acheminer un patient en état critique au scanner ou au bloc ou à l'unité d'hémodialyse.

Je ne compte plus les ambulances aux freins qui grincent, aux roues instables, l'odeur de l'essence, l'absence d'aération alors que tu transportes un malade atteint de la Covid-19, seul dans 5 mètres carrés.

J’ai oublié combien de prises défectueuses j'ai touché.

Combien d'interrupteurs arrachés j'ai manipulé.

J’ai oublié sous combien de néons arrachés je suis passée.

Sous combien de murs délabrés je me suis accroupie.

Combien de fois j’ai été en contact avec du sang dont j'ignore la sérologie par manque de gants.

J’ai oublié ce que s'était que l'asepsie rigoureuse, les mesures de sécurité, les précautions.

J’ai oublié les règles.

Tout simplement par ce que les règles ont changé depuis quelques années.

Les pannes d'ambulances et d'ascenseur, c'est la règle.

Le manque de moyens de protection, c'est la règle.

LA MEDIOCRITE EST LA REGLE.

Bader n'est pas mort,

Bader à été assassiné.

Mais ce dont je me souviens très bien c'est de ce sentiment de solitude face à une responsabilité de plus en plus grandissante et de plus en plus accablante.

Alors on prend le risque, on monte, on fonce, on court, on se pique, on s'électrocute, on tombe, on se donne la mort et on meurt.

Parce qu'on est seul face à une vie humaine et puis voilà.

On serait tous monté dans ce fichu ascenseur si le résident des urgences avait appelé pour un malade.

On serait tous monté même si on savait que la semaine dernière il s'était bloqué 3 fois, ou que le matin même il avait été en panne,

Parce que les règles ont changé,

Parce qu'on est seul,

Parce que la responsabilité est accablante.

Bader n'est pas mort, Bader à été assassiné.

MAINTENANT QUE CHACUN PAYE SA PART DE RESPONSABILITÉ. »