Des experts de la santé publique dissipent l’écran de fumée autour des E-cigarettes

E-cigarettes : des experts de la santé publique dissipent l’écran de fumée

E-cigarettes : des experts de la santé publique dissipent l’écran de fumée
Sur le banc des accusés: les apprentis chimistes et marchés parallèles qui sont à l’origine des pneumopathies et des décès aux Etats-Unis et en Belgique. La cigarette électronique est, et reste le meilleur moyen au sevrage tabagique.

Dans un article publié le 13 décembre dernier dans le Science Magazine , quatre éminents spécialistes de la Santé Publique américains se sont penchés sur cette problématique et sur toutes les informations ambigües qui circulent autour des e-cigarettes et des liquides de recharge. 

Ces derniers expliquent dans cet article que la persistance de la position de précaution à l’égard du vapotage est à double tranchant. D’un côté, elle éviterait aux pouvoirs publics d’être un jour accusés d’avoir promu un produit de consommation dit dangereux pour la santé, si des effets nocifs devaient être mis en évidence. De l’autre, elle expose ces mêmes pouvoirs publics et institutions à leur responsabilité ; celle dene pas avoir proposé un réel moyen de substitution à la cigarette traditionnelle pouvant apporter un bénéfice d’envergure pour la santé des fumeurs.

Selon le Science Magazine, pour palier  toute dérive, qu’elle soit sanitaire ou juridique, l’urgence est de mettre en place un cadre réglementaire spécifique et rigoureux pour contrôler les produits non-combustibles.  

Liquides de vapotage : des informations équivoques 

Avant toute chose, il est important de faire une distinctionnette entre une alerte et/ou une prévention et un discours qui se voudrait alarmiste. Celui-ci dessert en effet les fins du débat autour de la cigarette électronique, mais ‘’court-circuite l’analyse minutieuse de l’ensemble des preuves laissant la place aux théories les plus effrayantes’’. 

Les confusions portent souvent sur les ‘’distinctions entre la nicotine et le THC; entre les adultes et les jeunes; et entre les produits obtenus sur les marchés légaux et parallèles’’.
Rappelons dans un premier temps que l’une des plus récentes études comparatives, publiée cette année par The American College of Cardiology menée sur les effets de la cigarette électroniquecomparés à ceux de la cigarette traditionnelle révèle que ‘’les e-cigarettes sont bel-et-bien moins nocives. La cigarette électronique a un impact bénéfique sur la santé publique : elle fait reculer le tabagisme et les maladies qui lui sont associées sans pour autant attirer les non-fumeurs’’.


Néanmoins, depuis cet été, le ton du débat a nettement changé. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont signalé des pneumopathies graves liées au vapotage. Un phénomène appelé EVALI, par les autorités américaines. 
Le danger vient incontestablement d’un mauvais usage des liquides de recharge et de la vente de ces substances sur le marché noir.

La question qui se pose ici est liée à la facilité d’accès au THC et des produits à base de nicotine sur le marché parallèle et ce, à des coûts inferieurs à ceux en vente libre, d’autant plus quesur le marché noir, l'âge n'est pas un obstacle. Autre fait prouvé, face aux interdictions, les vapoteurs adolescents passent au tabagisme.

Enfin, comme rappelé précédemment, la consommation de liquides de recharge non homologués et achetés dans les réseaux parallèles est très dangereuse pour la santé des vapoteurs adultes ou adolescents. ‘’ Au 4 décembre 2019, le CDC a signalé 2291 cas de maladies et 48 décès aux Etats-Unis. Le CDC et la Food and Drug Administration (FDA) ont averti les fumeursafin de ne pas consommer le THC ou tout liquide provenant de la rue ou de sources inconnues’’.             

Dangers des interdictions prohibitionnistes et importance d’un cadre spécifique différenciable

Selon ce mêmes experts, près d'un milliard de fumeurs ont succombé prématurément aux méfaits du tabac et ce, de par le monde au 21e siècle. Ces derniersestiment que « le calcul complexe des avantages et des inconvénients justifie la recherche d’un équilibre optimal, rendant ainsi les e-cigarettes entièrement réglementées et accessibles aux fumeurs ».Ils ajoutent également ‘’qu’il est impératif d’adopter des mesures coercitives strictes pour limiter autant que possible les risques et l'utilisation par les jeunes’’.

Bien que chaque pays soit régi par des systèmes de santé, de publicités et de réglementations propres, l’essentiel est de mettre en exergue les bonnes mesures sans interdiction totale. Les états ont besoin d'une infrastructure réglementaire claire pour garantir la qualité et la norme des produits mis sur le marché. 

À défaut, les politiques n’ayant pas différenciéles produits combustibles des produits sans fumée, ne tarderont pas à mettre en péril leur système de santé publique. 


Réduction des méfaits de la cigarette électronique … Un soutien gouvernemental grandissant ! 

Aux Etats-Unis, la FDA et le Public HealthEngland (PHE) au Royaume-Uni ont soigneusement basé leurs politiques sur les évidences scientifiques. Ces deux autorités sanitaires ont bien compris l’importance de la réduction des risques et reconnaissent qu’il faut établir un suivi continu des dangers liés aux produits combustibles pour prévoir une réponse et des solutions en amont. 

Bien que ce sujet ne mette pas tout le monde d’accord, force est de constater que les vapo-sceptiques ont changé d'aviset ont commencé à s'intéresser aux preuves scientifiques qui dissipent leur confusion et incertitude en matière de réduction des méfaits de la e-cigarette.


Selon le Science Magazine, il a été estimé qu’en ‘’2019 seulement, dans le monde entier, plus de 8 millions de fumeurs mourront prématurément du tabagisme, et non de la nicotine elle-même. Seule une distribution de la nicotine non-brulée réglementée, novatrice et continue pourrait avoir un impact énorme à l'échelle mondiale’’. 

98 pays dans le monde ont des lois nationales et ou fédérales réglementant les e-cigarettes, y compris des lois relatives à la vente, la publicité, la promotion, le parrainage, l'emballage (emballage de sécurité pour les enfants, étiquetage de mise en garde sanitaire et marque de commerce), la réglementation des produits (volume/concentration de nicotine, sécurité/hygiène, ingrédients/saveurs), la déclaration/notification, la taxation, l'utilisation (sans coffre-fort) et la classification des e-cigarettes.

Quid de la Tunisie ?

Parmi ces 98 pays, citons comme exemple les pays voisins au notre, tels que l’Italie, le Maroc ou encore l’Egypte, qui ont fait le choix de réglementer la cigarette électronique et instaurer un modèle économique durable via des prix concurrençant ceux du marché parallèle et des cigarettes combustibles, donnant ainsi aux fumeurs la possibilité d’accéder et se convertir à ces nouvelles alternatives nicotiniques moins nocives.

En Tunisie, la cigarette électronique est apparue en 2011. On recense aujourd’hui pas moins de 70 000 vapoteurs qui s’approvisionnent auprès des marchés parallèles, auprès de contrebandiers et d’inconscients apprentis chimistes opportunistes. Doit-on attendre qu’une ou plusieurs morts soient déclarées pour que les autorités  se décident à réglementer ces produits et stopper l’hémorragie des circuits parallèles ?  Doit-on continuer à compter les victimes des cigarettes traditionnelles ? 
La meilleure manière reste celle d’arrêter de fumer, mais qu’en est-il  pour ceux qui n’y arrivent pas ?