N.Karoui: Les Tunisiens sont intelligents et ne sont pas prêts à vendre leurs voix

N. Karoui à Deutsche Presse-Agentur: Ma popularité dérange…

N. Karoui à Deutsche Presse-Agentur: Ma popularité dérange…
L’homme d’affaires et des médias, Nabil Karoui, a confirmé sa décision de se porter candidat à la présidentielle, prévue en novembre prochain, dans l'espoir de contribuer à l’amélioration de la situation économique en Tunisie, révélant son intention de former un mouvement politique capable de remporter un nombre de sièges au parlement à même de constituer une base politique pour soutenir ses choix économiques.

L'annonce de la candidature de Karoui à l'élection présidentielle fut une surprise: elle a eu lieu à un moment où les Tunisiens avaient les yeux rivés sur l'identité du vainqueur du bras de fer opposant les forces soutenant le mouvement Ennahdha, dirigé par Rached Ghannouchi, aux partisans du parti Tahya Tounes présidé par le chef du gouvernement, Youssef Chahed, en vue des prochaines échéances législatives et présidentielle. La candidature de Nabil Karoui a, également, suscité une vive polémique quant à l'impact que pourraient avoir les médias et les institutions caritatives sur la politique.

Dans une interview accordée à Deutsche Presse-Agentur (dpa), M. Karoui a souligné que ses chances ne dépendent pas, comme le prétendent ses concurrents, des taux d’audience élevés enregistrés par la chaîne de télévision Nessma, dont il est actionnaire, ou des actions d’aide fournies par l’association  ‘’Khalil Tounes’’. ‘’C’est plutôt l’échec des concurrents, en particulier, ceux de la classe dirigeante, à prendre conscience et à résoudre les problèmes prioritaires du peuple tunisien, en l’occurrence, le chômage, la pauvreté et la marginalisation’’.

Nabil Karoui, âgé de 56 ans, a fermement condamné les rumeurs sur l’exploitation des voix des démunis qu’il aide à travers son association caritative. ‘’De telles calomnies sont une offense au peuple tunisien avant de me nuire personnellement. C’est vraiment une vision réductrice de la réalité… les pauvres et les défavorisés ont un cerveau pour réfléchir et ne sont pas prêts à vendre leurs voix en échange de boites d’aides qu’on leur présente. Ces détracteurs ont-ils oublié que ce sont ces mêmes personnes qui ont fait la révolution et se sont soulevées en 2011 contre le système ? Les Tunisiens ont toujours eu l’intelligence nécessaire et ne sont pas prêts à vendre leurs voix’’.

En tête des sondages d’opinion…

 

Revenant sur les raisons qui l’ont poussé à présenter sa candidature à la prochaine élection présidentielle, M. Karoui a fait savoir qu’il a pris sa décision après trois ans de travail humanitaire, en sillonnant la République du Nord au Sud. ‘’J’ai été très proche de la souffrance de cette frange de la population, d’où ma décision d’aider à contribuer à changer la situation et à réagir à travers la présentation de ma candidature à la présidentielle…Ces derniers temps, c’est devenu de notoriété publique, que la cote de popularité et le capital confiance vis-à-vis des personnalités qui se trouvent, hors du cercle du système de gouvernance et des partis traditionnels, ne cessent d’augmenter. En effet, je suis, actuellement, en tête des sondages d’opinion’’, a-t-il précisé.

Nabil Karoui n’a pas manqué de rejeter, avec fermeté, les accusations de certaines parties qui le qualifient de populiste, voulant parvenir à ses fins, à travers l’exploitation des sentiments des démunis soulignant : ‘’Je ne cherche pas à accéder au pouvoir en manipulant les populations démunies à travers de vaines promesses d'améliorer leur situation’’.

Le candidat à la présidentielle a, toutefois, reconnu que ses slogans sur la lutte contre la pauvreté, qui représente son unique concurrent, ont été amplifiés, surtout qu’il se présentait à la présidentielle et non au poste de chef de gouvernement doté de prérogatives, en concertation avec la majorité parlementaire dans l’élaboration et l’adoption de politiques économiques et sociales du pays.

Et d’expliquer que ‘’La présidence sera une partie de la solution, et je travaille actuellement avec un groupe d'experts pour l’élaboration de programmes et de solutions réalistes, aux fins d’améliorer la situation économique de tous les Tunisiens, qu’ils soient pauvres ou riches ... Dans le même temps, nous essayons de former un mouvement politique qui puisse remporter un nombre de sièges au parlement afin de constituer un appui politique pour soutenir notre programme de réforme économique.’’

Et de poursuivre : ‘’Les sondages d’opinion démontrent qu’une grande majorité de Tunisiens ont l’intention de voter pour le parti de Nabil Karoui, bien que nous n’ayons créé, pour le moment, aucun parti. N’est-ce pas là, une expression de leur confiance’’ ?

 ‘’Bien sûr, sur le terrain et à court terme, la bataille ne sera pas facile, mais nous nous attendons à une lutte acharnée, en particulier avec les partis qui se concentrent principalement sur le contrôle du parlement, principale source de la législation, à leur tête, le mouvement Ennahdha’’.

Au décès de mon fils, Khalil…Tout a changé…

 

Nabil Karoui, démissionnaire de Nidaa Tounes a réfuté tout rapprochement entre son opposition à Youssef Chahed et les critiques diffusées sur la chaîne Nessma TV, avec son intention de lui faire concurrence quant à l’élection présidentielle. ‘’En fait, je n’ai critiqué aucune personnalité politique’’, a-t-il précisé.

... ‘’J'étais, avant tout, un homme d'affaires et de médias. Au décès de mon fils Khalil, paix à son Âme, en 2016, je me suis lancé dans l’action humanitaire par le biais d'une association caritative qui porte d’ailleurs son nom. Et c’est alors qu’a débuté mon périple à travers le pays. C’est là aussi que j’ai pris conscience de l’ampleur du chômage et de la pauvreté et j’ai constaté une totale absence de l’Etat et de volonté politique, pour venir à bout des problèmes auxquelles se trouvent confrontées les populations rencontrées’’.

Parlant de la chaîne Nessma TV, Nabil Karoui a souligné qu’en réalité il ne détient que le tiers de ses actions, faisant remarquer que c’est une chaîne indépendante et une tribune ouverte à toutes les  tendances. ‘’Tout le monde a salué le rôle qu’elle jouait, comme tout média, quand elle a sévèrement critiqué le mouvement Ennahdha, du temps où la Troïka était au gouvernement... Seulement voilà, quand cette même chaîne adresse des critiques au gouvernement Chahed, on m’accuse d’instrumentalisation politique et on doute de sa neutralité’’, a-t-il fait remarquer.

Nabil Karoui a, en outre, souligné que le fait d’accuser Chahed de transformer la Tunisie en Etat policier n’a rien à voir avec les crises par lesquelles est passée la chaîne Nessma, y compris la suspension de la diffusion. ‘’Je ne parle pas des règlements de comptes politiques personnelles, mais plutôt des affaires intentées contre des blogueurs et des activistes  du seul fait qu’ils ont élevé la voix pour se faire entendre et dénoncer des conditions de vie de plus en plus pénibles, et de la régression des libertés publiques et médiatiques, à son plus bas niveau, ces dernières années’’.

Certaines accusations altèrent l’image de la Tunisie

 

Lors de son interview à la Deutsche Presse-Agentur, Nabil Karoui a insisté sur le fait que sa présence à la tête des sondages d’opinion a dérangé Chahed ainsi que d’autres personnes à tel point que certains sont allés jusqu’à présenter une proposition d’amendement de la loi électorale, dans le seul but d’interdire à toute personne se trouvant à la tête d’une association ou un média de se présenter aux élections, sous prétexte de garantir l'intégrité du scrutin. Et le candidat Karoui de s’interroger: ‘’Pourquoi maintenant? A quelques mois des élections…Et Chahed n’a-t-il aucun pouvoir sur les chaînes publiques, qu’il peut exploiter au profit de sa campagne et de celle de son parti ?

Idem pour Ennahdha avec les chaînes de tendance islamiste ? Tout homme d’affaires, ne peut-il influer sur une chaîne privée sans qu’il en soit actionnaire ?

Nabil Karoui a, dans ce contexte fourni des exemples, à l’instar de ce qui s’est passé en Ukraine, qu’il soit artiste, ancien joueur de football ou président d’un club sportif. D’éventuels candidats qui pourraient, le cas échéant exploiter leur popularité et en profiter pour gagner.

Karoui a, également, évoqué la campagne menée ces derniers temps, sur l'existence de dossiers de corruption et d'évasion fiscale, concomitamment avec les informations qui parlaient de son éventuelle candidature, bien avant que cela soit officialisée. ‘’Si je suis coupable de quelque fait, pourquoi ne pas m’arrêter, au lieu de recourir à une modification de la loi? Comme je l'ai dit, certaines des accusations portées au cours de la dernière période, sont plus offensantes pour la Tunisie et les Tunisiens que pour moi’’, a-t-il affirmé.

Aucune ligne rouge…en cas d’éventuelles alliances

 

Nabil Karoui a, aussi, parlé, lors de son interview, de la Haica qui a décrété, le 25 avril dernier, que la décision de fermer la chaîne Nessma a eu lieu en raison de sa violation des conditions de diffusion, réfutant toute intervention du gouvernement dans l’exécution de cette décision.

‘’Ils m'accusent d'avoir délibérément commis des excès pour pousser les autorités à fermer la chaîne et par là paraître dans le rôle de la victime ... Est-ce moi qui ai  délibérément envoyé près de 500 agents de sécurité pour fermer le siège de la chaîne Nessma et traiter ses cadres et ses employés comme des terroristes ? Et puis quoi encore… je pourrai me retrouver, un jour, accusé par ces mêmes personnes, d’avoir tué mon fils pour mettre en place une association de bienfaisance,  en commémoration de sa mémoire, pour ensuite l'exploiter et utiliser les contributions des bienfaiteurs pour arriver au palais de Carthage’’, a-t-il déclaré avec indignation.

Parlant de ses rapports avec les divers acteurs de la scène politique, Nabil Karoui a affirmé qu’il a toujours entretenu de bonnes relations avec tout le monde, ces dernières années, Nidaa Tounes, Ennahdha ou Chahed et qu’il n’a causé de tort à personne.

‘’Je ne faisais que défendre mes droits lorsque je suis attaqué. Je trouve donc difficile d'accepter l'idée que le chef du gouvernement tente de sauver sa popularité à mes dépens’’, a-t-il ajouté, faisant remarquer qu’il ne mettrait aucune ligne rouge en cas d’éventuelles alliances en cas de victoire et même avant.

‘’Nous traiterons avec ceux qui sont d'accord avec notre vision relative à l’amélioration de  la situation économique du pays et du peuple ... Nous sommes, également, prêts à nous ouvrir à tout le monde ... Notre problème se trouve au niveau de l'échec des dirigeants au sein du gouvernement, et non avec les personnalités et les entités ... Nous entretenons de bonnes relations avec le président Béji Caïd Essebsi et son fils, avec Ghannouchi, ainsi qu’avec des parties européennes, mais nous ne recherchons aucun soutien extérieur’’.

Le candidat à la présidentielle Nabil Karoui s’est montré compréhensif face au scepticisme affiché par certains partis importants, quant aux résultats des sondages d'opinion qui font état de leur  baisse de popularité au profit de personnalités indépendantes et nouvelles. Il a dans ce contexte appelé à la révision de ces positions, d'autant que ‘’les institutions qui réalisent ces sondages sont les mêmes qui se trouvent sur le marché depuis 2011, et qui mettaient Nidaa Tounes ou Ennahdha en tête de liste et personne ne mettait en doute leurs résultats’’, a-t-il conclu.