Les enfants du divorce… partagés, mais aimants

Les enfants du divorce…

Les enfants du divorce…

Calogero :

‘’Il suffirait simplement

Qu'il m'appelle

Lui raconter mon enfance

Son absence, tous les jours

Comment briser le silence

Qui l'entoure…’’

Elle n’avait que trois ans. Chaque semaine, il allait la chercher à heure fixe et elle lui tendait ses petits bras chargés d’amour absolu, sans calcul et sans bornes, comme seule une petite fille sait offrir à son papa. Comme un chaton, elle se lovait au creux de ses bras, elle se serrait contre lui en lui donnant de petites tapes dans le dos, comme pour lui reprocher sa trop longue absence, son inexplicable abandon.


Et il restait là à la serrer, à la câliner maudissant son incapacité à répondre à ses questions muettes, à ses reproches silencieux. Puis doucement, lentement, il la déposait à terre et prenait sa petite main dans la sienne pour l’entrainer dans les rues de la grande ville et la gaver de bonbons et de chocolat, à défaut de la combler d’affection.

Mais elle touchait rarement à ses friandises, préférant profiter de la présence de ce papa qui l’a quittée un jour maudit, sans explication. Un père qui l’a abandonnée à un moment de sa vie où elle avait tant besoin de lui, pour se construire, pour forger sa personnalité dans un monde si vaste, si compliqué pour sa petite tête…

Souvent elle s’arrêtait pour lui demander de la prendre dans ses bras. Non qu’elle fut fatiguée, mais uniquement pour percevoir encore une fois son odeur si douce. Pour sentir ses bras protecteurs autour de son corps d’enfant fragile. Pour atténuer son chagrin et son désespoir déjà si grand malgré son jeune âge. Pour qu’il ressente son chagrin sincère et sa solitude infinie. Une solitude imposée par un juge indifférent, qui a donné la garde à un seul parent, privant l’autre de son enfant.

Lorsqu’ils s’asseyaient quelque part sur un banc public et qu’il regardait ailleurs, elle lui tournait délicatement son visage et plongeait son regard assoiffé de tendresse dans ses yeux, comme pour chercher une réponse à ses interrogations, comme pour apaiser la douleur de la blessure, de la déchirure. Et il lui souriait. Mais son sourire était triste. Il la câlinait mais ses gestes étaient maladroits.

Puis le soir arrivait trop vite et il devait la ramener chez sa maman. Elle lui jetait alors un regard triste, un ultime regard qui le suppliait de rester encore un peu, le temps d’un dernier sourire, l’espace d’un dernier chagrin. Elle l’implorait de ne pas la quitter, de ne pas l’abandonner encore et toujours, comme chaque semaine, à tel point qu’elle finissait par haïr les dimanches.

Mais il s’enfuyait vite, trop vite, avec l’impression d’avoir arraché une partie de sa chair, d’avoir laissé derrière lui le seul être qui l’aime vraiment d’un amour absolu et sans calcul. Le seul enfant qu’il ne doit pas abandonner, le seul tourment qui le poursuivra sa vie durant…

‘’Je vous dirais simplement

Qu'à part ça

Tout va bien

À part d'un père je ne manque

De rien…’’

Rachid Fazaâ