QUARTIERS POPULAIRES : images de la vraie vie

QUARTIERS POPULAIRES : images de la vraie vie

Ici il n’y a pas de trottoirs, les routes sont cabossées, les rares terrains vagues sont jonchés d'ordures, les égouts sont à ciel ouvert et les odeurs pestilentielles. Il y a des cafés toujours pleins de jeunes assis là, du soir au matin, attendant des jours meilleurs qui ne viennent pas. Il y a des vieillards perdus dans ce monde étrange où ils n’ont pas leur place. Tous ont l’air triste, avec des regards hagards et des mines défaites.


Les villes tunisiennes sont toutes cernées par ces quartiers populaires qui les encerclent de toutes parts, qui les étouffent, formant ce que l’on appelle une ceinture rouge. Certains quartiers sont anciens, fruits des premières grandes vagues de l’exode rural, comme Mellassine ou Jebel Lahmar. Ils sont essentiellement constitués d’anciens ouvriers agricoles chassés de la campagne par la politique de collectivisation de Ahmed Ben Salah dans les années soixante.

Plus tard, d’autres quartiers vont germer comme la zone du 5 décembre au Kram, Bousselsla à Gammarth ou la Chaâbia à Hammam-Lif. Poussés par la précarité, d’autres pauvres paysans vers les villes, où les lumières les attiraient comme des papillons de nuit. Peu à peu, des milliers d’hectares de terres agricoles tout autour de nos villes ont été envahis par le ciment et les briques rouges.

Des mégapoles anarchiques sont ainsi nées, chaque migrant ramenant des membres de sa famille  pour reconstituer les douars et les tribus de l’intérieur du pays. C’est là que les riches des quartiers chics puisent leurs bonnes à tout faire, leurs jardiniers, leurs gardiens ou leurs maçons. Certains vont jusqu’à surnommer ces quartiers « la Chine populaire », en référence au grand nombre d’habitants au mètre carré. Ce sont des mégalopoles tentaculaires où des centaines de milliers de personnes vont se retrouver confrontées à des problèmes aussi divers qu’inattendus.

Il y a l’approvisionnement en eau et en électricité, les déchets ménagers et l’évacuation des eaux usées avec les odeurs que cela engendre et les conflits que cela provoque. Mais il y a surtout la promiscuité, à cause de ces maisons collées les unes aux autres, ce qui interdit toute intimité. Il y a le bruit matin et soir, puisque les murs ne sont pas très épais. Il y a aussi les inconvénients de ces fenêtres des voisins qui ouvrent sur la chambre à coucher des autres et que dont on entend les gémissements lorsqu’ils font l’amour avec leurs chères épouses.

Quant aux espaces verts, ils n’ont pas de place ici, alors que la majorité des habitants sont d’origine rurale, où la verdure est omniprésente. La culture est absente de ces lieux, car on a d’autres priorités. A quoi sert la culture lorsque l’on vit dans le dénuement et dans le besoin ?

Pour les écoliers, réussir est synonyme d’exploit, de miracle. La plupart de ces élèves ne connaitront que l’échec scolaire et ils seront jetés chaque année dans la rue par milliers. Ils survivront en pratiquant de petits métiers et de petits trafics. Peu à peu ils vont glisser dans la délinquance et se retrouveront en prison, où ils vont se durcir. C’est de ces cités populaires que des vagues de jeunes manifestants ont déferlé sur la ville pour dégager la dictature et nombreux sont ceux qui sont morts au cours de ces manifestations.

Mais depuis, pour eux, rien n’a changé !