Pour vous enrichir, devenez intermédiaire…

Pour vous enrichir, devenez intermédiaire…

Pour devenir riche en Tunisie, il ne faut rien produire. Il faut juste servir d’intermédiaire. Prenons le cas du ‘’Habbat’’ au marché du gros : il n’a pour capital qu’une bascule et quelques gros bras. Que la récolte soit bonne ou médiocre, qu’il pleuve ou que la sécheresse sévisse, il recevra toujours des fruits, légumes, œufs, poissons et de la viande. Des marchandises  sur lesquelles il va effectuer un prélèvement invariable, un pourcentage fixe.


L’agriculteur, celui qui produit ces biens, a payé au prix fort l’eau pour arroser les champs, il s’est ruiné en engrais et en pesticides, il a payé une foule d’ouvrières pour ramasser sa production et la ranger dans des caisses selon des normes précises, il a payé le transport jusqu’au marché du gros… Mais c’est le ‘’Habbat’’ qui fait la bonne affaire et qui empoche toujours son pourcentage d’intermédiaire entre l’agriculteur et les détaillants.

Même phénomène avec les grossistes, qui distribuent aux petits épiciers de quartier les denrées alimentaires allant des boites de conserves aux féculents, en passant par les produits laitiers et les boissons. Certains imposent aux épiciers d’acheter un minimum de marchandises pour daigner leur vendre ces denrées et en plus, ils doivent les payer comptant, avant même de commencer à les écouler auprès des habitants du quartier.

Et puis il y a ceux qui s’enrichissent en stockant les marchandises qui viennent à manquer sur le marché, pour les revendre en douce, au double du prix officiel. Régulièrement, des produits disparaissent des échoppes comme ce fut le cas ces derniers mois du lait. Le pire, c’est que cela se passe depuis toujours au vu et au su des autorités de tutelle, qui semblent dépassées par les événements.

En effet, comment expliquer que les informations sur certaines hausses et la disparition de certains produits de consommation courante soient connues de façon générale et instantanée, s’il n’y avait pas des connivences à tous les niveaux de la chaîne, des informateurs qui préviennent les spéculateurs ?

Il y a aussi les fameux frigos dont le principe est basé sur la spéculation : vous achetez des fruits en pleine saison, vous les gardez au frais jusqu’à ce qu’ils ne soient plus disponibles sur le marché et vous les proposez au double de leur prix d’achat ! Une manipulation rentable et facilement réalisable que vous pouvez recommencer avec du poisson, de la viande, des œufs… Et en plus, cette forme de spéculation n’est pas illégale ! Vous pourrez même obtenir un prêt bancaire pour monter votre projet.

Le plus inattendu dans le domaine de la spéculation se trouve du côté de Mhamdia : là des dizaines de grands hangars ont été construits pour abriter des milliers de balles de foin. Achetées directement chez l’agriculteur au printemps lors de la moisson, elles vont doubler, voire tripler de prix à l’automne, lorsque les réserves en fourrage des éleveurs de bétail seront épuisées.

Ce ne sont là que quelques exemples et la liste des méfaits est bien longue. Il est d’ailleurs fascinant de constater la capacité de nos concitoyens à imaginer diverse sortes d’arnaques. S’ils mettaient leur faculté créatrice dans des domaines scientifiques, nous aurions un prix Nobel chaque année !

Alors un conseil pour vous enrichir, ne produisez rien, devenez intermédiaire !