Métiers en perdition…

Métiers en perdition…

Notre artisanat va mal pour une raison inattendue : l’absence de relève, car les jeunes ne veulent plus apprendre les métiers de leurs pères.


C’est le cas de cet ébéniste qui travaille le bois avec amour, avec passion… Il fabrique de vrais chefs-d’œuvre en bois ciselé et il gagne très bien sa vie. En plus, son métier n’est pas trop fatigant, pas salissant, avec toujours des innovations et de la créativité.

Le drame de sa vie ce sont ses deux garçons qui refusent d’apprendre son beau métier et de prendre sa suite. Ils vivent de petits trafics qui leurs rapportent plus d’ennuis que d’argent. Face à leur attitude négative, il a essayé de transmettre son savoir faire à des apprentis, pour se reposer un peu, car il avance en âge. Mais chaque fois qu’un parent lui apportait un jeune qui désire apprendre le métier, il exigeait tout de suite un salaire fixe, alors qu’il ne produisait rien, ou alors il s’enfuyait au bout de quelques jours car il trouvait le travail trop difficile…

En fait, il y a une erreur à la base : maintenir des enfants peu studieux à l’école jusqu’à l’âge de quinze ou seize ans est aberrant, car de toutes façons ils ne deviendront jamais médecins ou avocats. Il faut les libérer de l’école dès l’âge de onze ou douze ans, car ils sont encore malléables et ils ne traversent pas la crise de l’adolescence et les révoltes qui l’accompagnent. En plus, ils apprendront mieux les métiers, car ils sont plus réceptifs…

Le père de notre artisan lui a appris le métier dès qu’il a commencé à comprendre le monde, vers six ou sept ans. Au début, il s’amusait à tailler des chutes de bois. Puis il s’est pris au jeu et peu à peu, il a pris la relève de son père, car il n’était pas très doué pour les études.

Mais les perspectives d’avenir ne sont pas roses aujourd’hui pour notre artisan  et il se demande quel sera l’avenir de ses deux enfants et de son métier. En effet, à ce rythme, une menace de disparition plane sur le secteur de notre artisanat, qui représente pourtant l’identité tunisienne, l’authenticité de notre culture et un héritage précieux à préserver.

Il y a aussi la faiblesse de la formation et de l’apprentissage des métiers de l’artisanat à des jeunes qui ont une préférence pour les métiers manuels. La formation constitue le talon d’Achille de ce secteur car elle a été marginalisée depuis plusieurs années. Pourtant ce secteur pourrait jouer un rôle important pour lutter contre le chômage, la pauvreté et l’exode rural, grâce à la dynamisation des villages artisanaux dans nos régions.

En effet, notre patrimoine est riche grâce aux nombreuses civilisations qui se sont succédé tout au long des siècles et nos musées sont gorgés de bijoux, de mosaïques, de sculptures, de costumes, de meubles… Entre les poteries ancestrales de Sejnane, les tapis de Kairouan ou les ''mergoum'' et les  ‘’klim’’ notre artisanat possède des objets originaux, qui ont une âme et qui sont utiles dans la vie quotidienne.

Notre artisanat ne doit pas rester folklorique, il doit progresser pour devenir un Art à part entière.