Les illusions perdues…

Les illusions perdues…

La petite fille a grandi et ce soir elle c’est la fête pour elle. Son papa va l’emmener dans l’un de ces grands centres commerciaux pour acheter les habits de l’Aïd. Elle avait tellement envie de paraître belle en ce jour de fête, de montrer ses jolis vêtements à ses amis et à ses proches parents.
 


Elle s’accrochait donc au bras de son papa, l’entraînant dans les rues de la ville, lui montrant les vitrines décorées des magasins, où de beaux vêtements tous neufs attirent le regard. Elle sélectionnait déjà la robe qu’elle porterait le jour de l’Aïd…

 Et puis, d’un doigt délicat et fragile, la petite fille montre à son papa l’objet de ses rêves : une jolie robe rose qui occupe le centre d’une belle vitrine, brillant sous les lumières. Papa regarde le prix et il semble hésiter. Puis, lentement, tristement, il fait  ‘’non’’ de la tête. Cette belle robe est trop chère pour ses modestes moyens.

La petite fille ne comprend pas. Elle ne comprend pas tout de suite. Elle ne conçoit pas que son papa n’ait pas assez d’argent pour lui acheter cette belle robe pour l’Aïd, qui n’a lieu qu’une fois par an. Elle n’imagine pas qu’il soit incapable de réaliser tous ses rêves et tous ses désirs.
Comment, lui, le plus grand, le plus fort, trouve cette robe trop chère ? Papa sécurité, papa grand cœur, ne peut donc pas lui offrir tout ce qu’elle désire ? Du coup elle se met à la détester, cette robe. A haïr toutes ces vitrines illuminées, gorgées de cadeaux…
Et elle regarde papa... Il a rapetissé papa... Il semble moins robuste, moins sécurisant. Alors elle pleure sans larmes, la petite fille. Sa déception est immense. Quelque chose s’est brisée au fond de son âme d’enfant. Le père Noël n’est qu’un mensonge. La fête se transforme en défaite. Elle a perdu son innocence.
Pourquoi les beaux rêves finissent-ils par se briser sur le mur de la réalité ? La vie n’est donc qu’illusions, mensonges et désenchantements ? Ce soir, la petite fille est devenue adulte. Et papa est devenu vieux, si vieux…

Ainsi s’achèvent parfois nos rêves. Ainsi au fil d’une vie nous perdons une à une nos illusions. Avec les années, les blessures de notre enfance deviennent des complexes vis-à-vis de l’argent, vis-à-vis de tous ceux qui nous ont déçus, qui nous ont fait vivre un gros chagrin. On croit que les enfants oublient les petites misères de leur jeune âge, mais il n’en est rien. Ces petites rancœurs restent accrochées à un coin de leur mémoire, créant des complexes, les menant parfois vers la dépression.

Alors ils se renferment sur eux-mêmes et ils ne croient plus les promesses des adultes. En grandissant, nos certitudes vacillent parce que des amis nous tournent le dos, des parents nous quittent, des collègues montent des combines infernales pour nous rabaisser, des politiciens

trahissent leurs belles promesses. C’est à croire que la vie n’est qu’illusions, que désillusions…

Bonne fête à toutes et à tous!