Les ‘’harragas’’ ou le décalage entre rêve et réalité…

Les ‘’harragas’’ ou le décalage entre rêve et réalité…

Malgré les restrictions et les contrôles des ‘’harragas’’ (littéralement ‘’ceux qui brûlent’’) on continue à intercepter tous les jours ou presque, des dizaines de jeunes candidats à la traversée de la Méditerranée au péril de leur vie. Ils vont se jeter sur les côtes italiennes où on les emprisonne, où on les bastonne, où on les humilie avant de les renvoyer dans leur pays.
 


Pour une grande partie de notre jeunesse, la ‘’Harga’’ est devenue au fil des années l’unique issue. Un miroir aux alouettes qui commence par une masse humaine entassée sur des bateaux branlants,  avec la peur au ventre, sans eau, ni nourriture. Un voyage qui se termine souvent par la noyade et des familles malheureuses.


Tous ces jeunes rêvent du ‘’Paradis européen’’, mais ils finissent souvent au fond de l’eau ou dans l’enfer des centres de détention, où ils sont parfois emprisonnés, avant d’être renvoyés à leur misère, avec un profond sentiment d’échec qui ne les quittera plus…


Bon nombre de ces jeunes sont diplômés mais au chômage depuis des années. Ils souffrent de ce drame, de ce manque de perspectives que subit leur génération car  ils n’ont rien : pas de travail, pas d’argent, pas de maison, pas de possibilité de fonder une famille... Alors ils se jettent à la mer pour ne pas s’éteindre à petit feu, car ils estiment que la mort est bien meilleure que la vie.


L’argent de la traversée est récolté économisant de petites sommes durant des  années, en empruntant à des parents et amis ou en vendant des bijoux de famille. On a vu des mères vendre leurs maigres bijoux afin de payer des passeurs charognards et de permettre à leurs fils réaliser leur rêve fou.

Car tant que l’on n’a pas vécu cette situation, on ne peut pas comprendre la tristesse d’une mère et son désespoir face aux échecs répétés de son fils et de la misère morale et matérielle qui le fait plonger lentement dans la dépression ou dans la révolte et la violence.


Au lendemain de la révolution pourtant, un vent de liberté et d’équité semblait se lever sur la Tunisie, avec de belles promesses et des espoirs de vie meilleure. Mais les illusions n’ont duré qu’un temps et rien n’a changé. Comme avant la révolution, ces jeunes se lèvent le matin, ils reçoivent une petite somme de la main de leur mère et ils se retrouvent au café du coin avec d’autres jeunes désespérés, comme avant…


La révolution n’a profité qu’à une minorité de tunisiens qui ont reçu de grosses sommes en compensation des années de répression sous l’ancien régime. Ils ont ensuite placé leurs fils et leurs filles dans des postes importants, tandis que la majorité des jeunes, qui avaient activement participé à la révolution se sont retrouvés hors-jeu…


Il ne s’agit pas de condamner cette vague d'émigration clandestine, mais plutôt de trouver des réponses urgentes à ces milliers de jeunes, en redémarrant notre économie sur des bases saines, en leur donnant une chance de faire leurs preuves. Il est temps de mobiliser des hommes qui peuvent offrir emplois et dignité à ces jeunes.
Sinon on se retrouvera avec une génération perdue, encore une…