La clochardisation de nos plages…

La clochardisation de nos plages…

Mis à part quelques plages qui ont su conserver une propreté virginale, un grand nombre de nos sites balnéaires subissent une clochardisation visible, réelle. La grande majorité des habitants des quartiers populaires de Tunis vont s’entasser sur des plages de la proche banlieue, où la densité atteint des chiffres astronomiques, d’où l’expression ironique créée il y a quelques années par les jeunes : « poussez vous, je veux plonger ».


Sur ces espaces étriqués on trouve des tentes improvisées, faites de couvertures, de cartons entassés, de pieux en bois rejetés par la mer ou arrachés aux arbres environnants. Ils laisseront des détritus de toutes sortes, allant des sacs en plastiques aux canettes de bière, en passant par les bouteilles en plastique et les couches bébé souillées.

Le comportement de nos braves concitoyens est aberrant : d’un côté ils exigent des plages propres et quand ils y vont, ils les souillent de façon irrespectueuse. Hommes, femmes et enfants jettent tout et n’importe quoi sur la plage, sans oublier les chiens qui se promènent en déféquant partout.

Une cité entièrement constituée de huttes, qui disparaîtra à la fin de la journée, pour ne laisser qu’une montagne de déchets visqueux. Sous ces tentes improvisées, ils vont passer la journée à manger des plats préparés depuis l’aube par la maîtresse de maison, accompagnés de pastèques bien rouges et de boissons diverses plus ou moins fraîches.

Il faut aussi parler de ce drame silencieux de la qualité de l’eau de mer. Certaines municipalités continuent de déverser les eaux usées sans aucun traitement, « faute de moyens », disent les maires de ces villes. C’est notamment le cas de l’ensemble des villes qui se trouvent sur la rive sud de Tunis. Ces plages de la banlieue sud sont devenues interdites à la baignade, avec une coloration verdâtre ou jaunâtre et des odeurs nauséabondes. Les habitants de ces banlieues ne peuvent plus profiter de la plage, alors que le front de mer de l’autre côté, celui de la banlieue nord avec ses quartiers huppés, est bien protégé.

Depuis quelques années et grâce notamment aux réseaux sociaux, on commence à évoquer l’épineuse question des plages interdites à la baignade ou qui comportent un risque pour les personnes fragiles, notamment les enfants. En 2017 la liste des plages classées impropres à la baignade étaient au nombre de 21, un chiffre qui est descendu à 19 l’an dernier. Cela va de la plage de Raouad au canal de Zarzouna à Bizerte, en passant par la plage en face de la station d’assainissement à Dar Chaâbane et certaines zones à Sousse ou Gabès…

L’autre drame de nos plages c’est l’accès qui est presque impossible dans certaines zones et qui est souvent gardé par des voyous, munis d’un badge fourni par un sombre inconnu « qui a le bras long », selon l’expression de l’un de ces malabars.

Sur certaines plages, de nombreux abus sont commis, encouragés par une absence inexplicable de tout contrôle. Cela va de ces cabanes qui vendent tout et n’importe quoi, avec des conditions d’hygiène déplorables, à l’absence de poubelles à proximité des baigneurs, qui sont de grands pollueurs, par manque de civisme.

Qui a dit que l’été c’est la saison du repos, des congés et des loisirs sains ?