La cigale et la fourmi…

La cigale et la fourmi…

‘’La cigale, ayant chanté tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
 (…) -Vous chantiez ? J'en suis fort aise.
Eh bien ! Dansez maintenant’’. 
 


    
Nous venons de vivre un mois de Ramadan 2019 particulièrement éprouvant pour la bourse des tunisiens, avec une hausse vertigineuse des prix des denrées alimentaires, suivis par la flambée des prix des habits de l’Aïd pour les enfants, celle des jouets importés, sans oublier le coût prohibitif des gâteaux traditionnels à cause notamment de la hausse du prix des fruits secs
Mais se profile déjà la saison estivale, avec ses dépenses aussi nécessaires que  démesurées.

Il y a la climatisation avec ses factures astronomiques, les virées avec femme et enfants vers les plages, avec les boissons et les glaces et les sorties nocturnes à la découverte des festivals. Il ne faut pas oublier non plus que c’est la saison des mariages, avec tout ce que cela engendre comme dépenses nécessaires, obligatoires même…


La majorité des Tunisiens issus des couches populaires se contentera d’aller se baigner dans la mer la plus proche, emportant des victuailles faites maison, se protégeant du soleil sous des tentes improvisées.

D’autres, plus aisés, vont louer des maisons dans certaines stations balnéaires pour y passer une semaine ou quinze jours, pour plusieurs centaines de Dinars. Ces séjours se concentrent à Hammamet, Sousse, Bizerte, Tabarka, Kélibia, Maâmoura, Haouaria…
Et comme chaque été, ils dépenseront toutes leurs économies et se retrouveront démunis pour la rentrée des classes qui coûte de plus en plus cher, à cause notamment de la privatisation galopante de l’enseignement à tous les niveaux, de l’école primaire aux études universitaires.

Même ceux qui sont dans les écoles étatiques devront acquérir des fournitures scolaires de plus en plus chères, à cause de la dégringolade du Dinar.


Certains critiqueront ce comportement de cigale en cette époque difficile sur le plan économique, qui devrait les inciter à être des fourmis. Mais c’est oublier que les Tunisiens ont toujours été de bons vivants, qui aiment profiter de chaque instant, même s’ils savent que cela va leur occasionner des problèmes financiers plus tard. Leur adage a toujours été « on ne vit qu’une fois », même si les temps sont durs…


Mais une foule de désagréments rend les loisirs de l’été assez pénibles. Il y a les pratiqués sans aucun contrôle et sans aucune justification, aussi bien dans nos hôtels que dans ces baraques de plage, avec des prix exorbitants, où un soda ou une bouteille d’eau reviennent dix fois leur prix d’achat.


Autre désagrément : l’accès aux plages avec ces terrains vagues que des jeunes à l’apparence peu rassurante accaparent et qu’ils exploitent de façon abusive, à de prix prohibitifs. Il y a ces cabanes improvisées en restaurants qui poussent comme des champignons l’été, avec des moyens rudimentaires qui peuvent occasionner des intoxications alimentaires.


Résultat : les activités estivales laissent toujours un goût amer chez bon nombre de tunisiens, car ils ont l’impression de se faire arnaquer à chaque pas, avec souvent la complicité des autorités locales, notamment les municipalités qui laissent faire et distribuent des autorisations à tour de bras sans aucun contrôle.


Et là, elles n’ont plus envie de chanter, les cigales…