Les lumières de la ville...

Les lumières de la ville...

C’était il y a quelques mois : la jeune fille avait décroché son bac et sa joie était alors immense. Ses parents et amis se sont réunis pour fêter ce premier diplôme, cette première victoire sur la pauvreté et la misère. Grâce à sa bonne moyenne, elle a obtenu une bourse pour l’aider à faire face aux dépenses de la grande ville. Au début de l’année scolaire, elle s’est installée dans un foyer pour étudiantes, comme il se doit.


Ce n’était pas le grand confort, mais c’était déjà mieux que la petite maison inconfortable où elle vivait, là-bas, dans son village. Elle est alors partie à la découverte de la grande ville, celle où elle allait enfin réaliser ses rêves… Elle croyait que sa vie allait changer, qu’elle allait rencontrer amour, luxe et volupté. Des rêves qu’elle avait caressés durant des années, là-bas, dans son village perdu au milieu de nulle part. Elle avait envie de vivre pleinement ces sensations qu’elle avait imaginées chaque nuit.

Elle avait envie de se libérer enfin de cette emprise familiale qui l’emprisonnait depuis des années… Elle croyait pouvoir décrocher sa place au soleil et devenir un personnage important dans la vie de la cité. Elle voulait réussir à épater ses amis en faisant carrière dans le cinéma, l’animation télé, la danse… Elle était bien plus intelligente que toutes ces filles qu’elle voyait sur les écrans. Elle avait une beauté typique, presque animale, qui plairait certainement aux hommes… Mais à présent, comme tout cela parait lointain et comme ses espoirs ont été déçus… Car la ville aux mille feux qu’elle imaginait dans ses rêves fous n’a rien de lumineux.

Comme dans son village, les gens de la ville sont mal habillés, tristes, pauvres et ils rentrent dormir à la tombée de la nuit, en même temps que les poules. Comme dans son village les lumières n’éclairent que quelques ombres furtives, pressées de rentrer dormir. Ici certains hommes sont peut être plus riches, plus élégants, mais ils ne sont portés que sur les relations brèves, superficielles. Leurs mots sont doux, mais leurs intentions sont rudes, trop directes, sans sentiments. Ils vous promettent monts et merveilles et ils disparaissent dès que leurs instincts bestiaux sont satisfaits. Elle rêvait de tendresse et de romantisme. Elle n’a trouvé que propositions indécentes et déclarations creuses.

La ville aux mille lumières cachait un aspect sordide, fait de gens médiocres et d’intérêts pitoyables. Or elle avait envie d’assouvir un immense besoin d’absolu et de sublime. Elle avait une grande soif de sincérité, d’amour et de tendresse. Mais tout cela n’existe pas dans la grande ville. C’est alors que sa déprime s’est installée, avec ce sentiment désagréable d’être arrivée un siècle trop tard. Elle aurait aimé vivre au siècle romantique.

Elle aurait voulu être aimée de façon absolue, tragique même, mais sublimé par la passion. Elle se sentait agressée par chaque mot hypocrite, chaque geste trop empressé, chaque proposition indécente. Dans son village, elle vivait sa vie par procuration. Maintenant elle meurt à petit feu par déception, par désillusion… Depuis, dans les rues sombres de la grande ville, elle s’éteint lentement, infiniment…