Europe : bienvenue chez les fous !

Europe : bienvenue chez les fous !

Europe : bienvenue chez les fous !

Davantage d'austérité ne ferait que prolonger le drame grec. Par dogmatisme ou par lâcheté, Berlin et Paris s'acharnent pourtant, au risque de faire tout exploser.


Jusqu'à ce week-end, on pouvait se dire que les pourparlers difficiles entre la Grèce et ses bailleurs de fonds relevait de la dramaturgie habituelle. Choc des positions de départ, portes claquées, réunions de la "dernière chance", "lignes rouges", jeu de la "poule mouillée" où, comme dans "La Fureur de Vivre", chacun fonce vers le ravin… Tout cela semblait bien balisé et promettait de se terminer par un dur compromis.

Mais la rivière des négociations vient de sortir de son lit. Elle menace désormais de tout emporter : la Grèce, ses banques, la croissance, l’euro, le rêve européen… Tout ça pour quoi ? On peine à le comprendre tant chaque partie risque dans l'affaire de perdre bien plus que les concessions qui lui étaient demandées...

Ce qui est le plus troublant dans l’histoire, c’est l’attitude des créanciers européens, qui continuent d'exiger toujours plus d’austérité. Cette demande part d’un constat purement comptable : il faut équilibrer le budget, et donc couper dans les dépenses. Un raisonnement qui est :

économiquement contestable (quand les coupes font chuter le PIB, les recettes fiscales chutent et donc le déficit augmente)
socialement intenable dans un pays où chaque fonctionnaire, chaque salarié, chaque retraité a déjà vu fondre brutalement son niveau de vie.

Continuer à traiter les Grecs comme des cigales immatures est absurde : ils ont fait plus d’efforts que jamais aucun autre peuple européen n’a osé s'infliger depuis des décennies. Au point qu’ils ont réussi à dégager à partir de 2014 un surplus budgétaire avant paiement des taux d’intérêt. Leur demander d’aller plus loin, dans un pays où le PIB a chuté de 25%, est tout simplement dingue. 

"Il faut payer ses dettes, point barre"

Pourquoi un tel acharnement de la part des pays Européens ?  Aucune raison économique, aucune raison politique ne justifie leur intransigeance. Sur ces deux tableaux, annuler une partie de la dette grecque aurait été cent fois plus efficace : l'Europe pouvait se remettre en marche. Par lâcheté vis-à-vis de leurs opinions publiques, par dogmatisme, les gouvernements européens ont refusé cette voie. 

Au lieu de cela, ils exigent des Grecs de nouveaux sacrifices. Pour le "principe" : "Il faut payer ses dettes, point barre"..."On ne vit pas au dessus de ses moyens"... Les Allemands, imprégnés l’ordolibéralisme et de rigueur protestante, ont été très insistants sur ce point. Leurs alliés français, qui auraient pu les infléchir, les tempérer, se sont alignés derrière Angela Merkel et Wolfgang Schäuble. L'ex-moteur de l'Europe s'est fait frein à main : le couple franco-allemand retarde encore, et pour longtemps, la reprise de l’économie grecque et au delà, le réveil d’une construction européenne en état de mort cérébrale depuis dix ans.

Les Grecs n'en peuvent plus, ils refusent une nouvelle cure inutile d'austérité, ils le disent en mettant au pouvoir Syriza.  L'occasion était belle de rebattre les cartes du jeu, mais les Européens ont choisi de continuer d’exiger de nouvelles amputations budgétaires -y compris des retraites qui ont déjà été réduites de 40% - et de nouvelles hausses d'impôt - y compris sur les produits de première nécessité. Tant pis si c'est parfaitement contre-productif, tant pis si cela va peser sur la croissance, tant pis si ce bras de fer rapproche la Grèce et l’Europe du gouffre...

La  responsabilité des deux principaux leaders européens, Angela Merkel et François Hollande, dans ce drame absurde, est immense. S'ils ne réagissent pas dans les heures qui viennent, ils risquent de rester dans l'histoire comme les plus piteux leaders de la construction européenne : ceux qui lui auront mis fin.